Multivitamines : à quoi ça sert vraiment ?
Par Damien · Mis à jour le 7 octobre 2026
La réponse en 5 secondes
Chez un adulte qui mange varié, les grands essais ne montrent pas d'effet d'une multivitamine sur le cœur, la durée de vie ou les fractures, et seulement de petits effets possibles sur le cancer chez l'homme et la mémoire après 60 ans. Une multivitamine sert surtout à combler un manque. En France, les manques les plus fréquents touchent la vitamine D, le fer et les folates chez les femmes jeunes, et la B12 est à surveiller en cas d'alimentation végétalienne : un complément ciblé apporte en général une dose plus adaptée.
Les phrases santé autorisées par l'Europe
Il n'existe aucune phrase santé autorisée pour « les multivitamines » en tant que telles. Chaque phrase concerne un nutriment, et elle n'est permise que si le produit est au moins une « source » de ce nutriment, soit 15 % de sa valeur de référence (VNR) ; pour un complément, on l'apprécie en pratique sur la dose du jour. Les trois phrases les plus utilisées sur les étiquettes :
| Thème | Phrase autorisée | Nutriments concernés |
|---|---|---|
| Fatigue | « […] contribue à réduire la fatigue » | vitamine C, B2, B3, B5, B6, folates (B9), B12, magnésium, fer (9 nutriments) |
| Immunité | « […] contribue au fonctionnement normal du système immunitaire » | vitamine A, D, C, B6, folates (B9), B12, fer, zinc, cuivre, sélénium (10 nutriments) |
| Énergie | « […] contribue à un métabolisme énergétique normal » | vitamine C, B1, B2, B3, B5, B6, biotine (B8), B12, calcium, magnésium, fer, cuivre, manganèse, iode, phosphore (15 nutriments) |
Exemple exact : « La vitamine C contribue à réduire la fatigue ». Les phrases qui regroupent plusieurs vitamines pour la fatigue ou les « défenses naturelles » ne figurent pas dans la liste autorisée. Si une étiquette promet de « booster » l'énergie ou de protéger des infections, elle sort du cadre autorisé.
Source : règlement (UE) n° 432/2012, version consolidée du 20 août 2025, et registre européen des allégations de santé, lus le 7 octobre 2026.
Ce que disent les grands essais, sujet par sujet
Les deux plus grands essais (PHS II et COSMOS) ont testé la même multivitamine du commerce, Centrum Silver, contre un placebo, chez des Américains plutôt âgés et bien nourris. Les résultats ne disent rien de certain pour une personne qui manque d'un nutriment.
Cœur et vaisseaux
Pas d'effet.
Dans PHS II (14 641 médecins hommes de 50 ans et plus, 11 ans), une multivitamine quotidienne n'a pas changé le nombre d'accidents cardiovasculaires (rapport de risque 1,01). COSMOS (21 442 adultes âgés, 3,6 ans) trouve la même chose (0,98).
Sources : Sesso 2012 (PHS II) · Sesso 2022 (COSMOS)
Cancer
Effet possible et petit chez l'homme, non confirmé.
PHS II a vu 8 % de cancers en moins chez les hommes (rapport de risque 0,92, statistiquement significatif de justesse : la borne haute de l'intervalle est 0,998). COSMOS ne retrouve pas cet effet (0,97). La revue faite pour l'USPSTF (2022) estime l'écart absolu entre 0,2 et 1,2 point ; l'USPSTF juge les preuves insuffisantes pour recommander ou déconseiller une multivitamine.
Sources : Gaziano 2012 (PHS II) · Sesso 2022 (COSMOS) · USPSTF 2022 · O'Connor 2022 (revue pour l'USPSTF)
Mémoire après 60 ans
Petit effet dans un seul essai.
Trois sous-études de COSMOS trouvent ensemble un petit gain sur un score global de cognition (+0,07 écart-type) et sur la mémoire épisodique (+0,06), que les auteurs traduisent en « 2 ans de vieillissement cognitif en moins ». PHS II, plus long, ne voit aucun effet chez les hommes de 65 ans et plus. L'essai COSMOS a reçu en nature les comprimés du fabricant de la multivitamine testée.
Sources : Vyas 2024 (COSMOS) · Grodstein 2013 (PHS II)
Vivre plus longtemps
Pas d'effet.
Ni PHS II ni COSMOS ne montrent moins de décès. Dans trois grandes cohortes américaines (390 124 adultes suivis jusqu'à 27 ans), prendre une multivitamine n'était pas associé à une mortalité plus basse (rapport de risque 1,04).
Sources : Loftfield 2024
Os et fractures
Pas d'effet.
Dans COSMOS, une multivitamine n'a pas réduit les fractures (rapport de risque 1,09 pour l'ensemble des fractures).
Sources : Crandall 2025 (COSMOS)
Fatigue, énergie, rhumes
Non étudié dans les grands essais.
Aucun de ces grands essais n'avait la fatigue ou l'énergie comme objectif principal, et nous n'avons pas trouvé de grand essai sur la fatigue chez l'adulte en bonne santé. Dans COSMOS, le COVID-19 n'a pas été moins fréquent (rapport de risque 0,93, non significatif). Les phrases « fatigue » et « immunité » des étiquettes viennent du rôle de chaque nutriment, pas d'essais sur le produit.
Sources : Li 2026 (COSMOS, COVID-19)
Et l'étude française SU.VI.MAX ?
SU.VI.MAX (13 017 adultes français, 7,5 ans) ne testait pas une multivitamine mais un mélange de 5 antioxydants (vitamines C et E, bêta-carotène, sélénium, zinc). Elle a vu moins de cancers chez les hommes, effet disparu 5 ans après l'arrêt, et davantage de cancers de la peau chez les femmes. Elle ne peut pas servir à vanter une multivitamine.
Sources : Hercberg 2004 · Hercberg 2007 · Hercberg 2010
Quand une multivitamine peut avoir du sens
Quand l'alimentation est limitée (petit appétit, régime très restrictif, alimentation peu variée) et qu'un professionnel de santé le conseille. Si un seul nutriment manque, un complément ciblé est en général moins cher et mieux dosé : vitamine D, fer, vitamine B12. D'après Santé publique France, seul un quart des adultes avait un taux de vitamine D jugé adéquat en 2015. La dose médiane de vitamine D de nos multivitamines est de 5 µg par jour ; l'Anses fixe l'apport satisfaisant d'un adulte à 15 µg (références nutritionnelles, 2021).
Source : Santé publique France, Esteban 2014-2016.
Cette page présente l'état des connaissances ; elle ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Aucun produit de notre comparatif n'est présenté comme efficace contre une maladie. Effets secondaires et précautions · Niveau de preuve